Au moment d’écrire ces lignes, j’ai un trou dans l’estomac. Je sens le vide, celui apparu il y a 17 ans, celui qui fut émerger chez moi une appréhension de l’inconnu, une anxiété face aux départs, un sentiment de vulnérabilité face aux gens, face aux changements, face à la vie.

Il y a 17 ans, j’ai perdu mon père. C’est bête, le matin même, je quittais la maison joyeusement. C’était le jour de la photo scolaire. Le jour où on s’habille propre, car on sait que l’image de cette journée va rester longtemps. Le soir, au moment de me coucher, c’était déjà trop tard. Il était parti. Le premier contact avec la mort marque toujours la mémoire à jamais.
À 9 ans, c’est jeune.
À 9 ans, on a encore besoin que quelqu’un incarne notre image du héros, on a encore besoin de quelqu’un pour nous protéger des « méchants garçons » qu’on peut potentiellement rencontrer, on a encore besoin de conseils sur la manière de dire à quelqu’un qu’on l’aime, on a encore besoin de se faire rassurer sur nos goûts, sur nos talents, sur notre apparence, sur notre place à prendre à travers tous ces gens qui forment ce qu’on appelle « le monde ». Il est parti subitement, personne n’aurait pu deviner que son heure était venue, car elle ne l’était pas. C’était trop tôt.

J’ai vite compris qu’en fait, c’est toujours trop tôt. Les gens quittent toujours trop tôt. Et ce qui fait mal au bout du compte, simplement, c’est que les gens quittent toujours. Point.

Telle est la tragédie et la beauté de la condition humaine : au terme d’un long périple, nous repartirons tous. Rien n’est là pour durer, et nous ne faisons pas exception à la règle. Une fois vieillis de nos expériences, de nos apprentissages, nos bons coups et nos échecs, nos solitudes et nos amours, la seule trace qu’on laissera ne sera que dans la mémoire des gens qu’on aura rencontrés. La différence qu’on aura fait dans la vie de chacun prendra tout son sens. Il y a quelque chose d’à la fois épeurant et libérateur dans cette idée, tout dépend de la vision qu’on décide d’adopter.

Depuis l’époque de mes 9 ans, j’ai grandi, j’ai mûri et j’ai appris. Mon angoisse face à l’éphémérité de la vie, je l’ai remodelé en un nouveau souffle qui m’aspire à profiter de chaque instant. Je n’ai plus envie de calculer chaque fait et geste de peur des répercutions que je pourrais créer, de peur de regretter, peur de souffrir, ou encore faire souffrir. Mon âme aspire à goûter le présent en oubliant les tracas d’hier et de demain. C’est un hymne à la vie que de savoir apprécier la qualité de chaque minute, chaque journée, chaque rencontre.

On aurait beau ruminer nos peurs en silence ou les crier, au final, on est tous dans le même bateau. On repartira tous de la même façon. D’ici-là, aussi bien profiter du bon temps et vivre chaque instant à fond pour que le souvenir qu’on laissera en soit un joyeux, rafraichissant, et surtout empreint d’autant de plénitude que de liberté. Si on ne vit pas maintenant, on ne vivra jamais. Le jour où j’écrirai mon chapitre final, j’espère n’avoir aucun regret. Alors je ne vois aucune raison de ne pas foncer vers mes rêves. Ceux-ci méritent d’être explorés, même ceux qui s’avèrent être les plus fous. Peut-être ne sont-ils que prétextes à nous faire emprunter la route qui nous mène à les atteindre, déblocant en nous des aptitudes dont on ne se serait pas cru digne, révélant une partie de nous-même qui nous serait resté cachée autrement.. Si l’on navigue pleinement vers nos aspirations, l’univers conspire en notre faveur.

Oui, la mort fait mal.
Très mal.
Il faut simplement prendre le temps de l’apprivoiser. Apprivoiser ce vide, ce trou dans l’estomac, pour apprendre tranquillement à le transformer en deuxième souffle et en tirer une rage de vivre plus forte.
Les temps fait bien les choses si on lui laisse … le temps.

Anne-Marie.

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