Plus on ralentit, plus le temps file.

J’en suis à mon 4e café et il n’est que 14h00. Sainte-Rose-du-Nord, c’est magnifique. On nous avait prévenu contre ces gens qui étaient, soi-disant, peu accueillants. Pour vous donner une idée, je viens de recevoir une spatule par la tête. Ce n’est pas pour me mettre à la porte du village, c’est plutôt la charmante propriétaire du minuscule café du fjord qui tente de chasser un petit suisse qui s’acharne à voler ses biscuits faits maison qu’elle a posés sur bord de la fenêtre.

« Je vais le snaper! Je vais le snaper le p’tit maudit! »

On fait de la musique pour évacuer, pour mettre en mots ce que nous craignons ressentir. Pour partager des incompréhensions, des appréhensions et, parfois, des petits bonheurs de la vie.

La route est notre maison l’instant de quelques jours, de quelques semaines. Les locaux deviennent nos meilleurs amis. Nous avons l’impression de connaitre tous ces étrangers qui nous accueillent et qui prennent le temps de nous écouter. C’est nous, ensuite, qui les écoutons. C’est du donnant-donnant, rien de moins.

C’est la route qui nous inspire de nouvelles histoires à raconter, de nouveaux textes à pondre et de nouvelles mélodies à chanter. Le bonheur d’être un artiste indépendant, c’est avoir la chance de profiter de ces endroits que nous visitons. Prendre le temps de le vivre et, surtout, de s’imprégner de chaque moment de liberté qui nous a été accordée. Que nous nous accordons.

Il y a bien sûr des difficultés lorsqu’on prend la route pour une durée indéterminée. À quitter les gens qu’on aime, qui peuvent parfois avoir le sentiment de ne pas vivre au même rythme que nous. Le bonheur de se produire sur scène reste, bien entendu, un sentiment temporaire qui ne sait guère atténuer les maux. On se sent loin et dans l’incapacité d’être pour les autres. Dans l’incapacité d’être, point.

Le temps fil et on ne rajeunit pas, certes, mais la vie me parait de plus en plus simple. Si on m’avait dit que les choses s’amélioraient avec le temps, qu’il y aurait des moments de purs bonheurs, des moments où le sens éphémère de la vie disparaitrait pour laisser place à un bien-être imperturbable, j’aurais balayé ces mots du revers de la main.

« Foutaise. »

Je comprends maintenant l’importance de bâtir sa vie en fonction de ce que nous désirons être et devenir et en fonction de ce que l’on souhaite apporter aux autres.

J’ai récemment lu qu’il ne fallait pas laisser la clé du bonheur dans les mains de l’autre. Je crois, au contraire, que le bonheur réside dans ceux qui nous entourent. Ce sont mes guides. L’arbre qui tombe en forêt ne fait sans doute aucun bruit, mais moi, je souhaite être entendu.

Maxime Vallières

 

Photographie par Jonathan Vallières

Comments

comments

Powered by Facebook Comments