Social

FacebookTwitterYoutube

L’emprunte de l’esclavage par Simon Walls

J’assiste au lancement d’un magazine, fait par des graphistes montréalais. L’un d’eux est d’ailleurs un de mes amis de longue date, la raison de ma venue. Ça et la bière terriblement pas chère, et aussi la présence des filles de l’université à bien y penser. Un heureux mélange.

Plus de 4 ans que nous nous n’étions pas vu, le temps passe si vite quand la vie nous charge de projets. On se rappelle les bons moments, et surtout où nous en sommes rendu, chacun ayant toujours eu cette passion de vouloir changer le monde. Étant graphiste, c’est plus difficile me confit-il. Comment faire avancer notre carrière dans une direction qui sera mieux pour l’humanité, et en faisant des dessins? Et bien il me propose un site hyper interactif qu’un ami a fait. Impossible d’y rester indifférent :

Slaveryfootprint.org

Les gens du site m’annoncent que des esclaves travaillent pour moi, rien de moins, et qu’ils peuvent déterminer combien ils sont, dépendamment de ce que je possède. Intéressant. Ils ont toute mon attention. Depuis plus de 8 ans que, de mon plein gré, j’essaie de faire le bien autour de moi et ils sont en train de me dire que je participe à l’un des actes les plus cruels que l’humain puissent infliger aux autres… L’esclavage. Le sondage qu’ils proposent est féroce.

Combien de pièce dans mon appartement? Et qu’est-ce qui s’y trouve? Juste le tapis, où mes deux pieds reposent présentement, m’annonce une mauvaise nouvelle. Plus de 200,000 enfants sont forcés de travailler dans la construction de tapis. Il y a aussi du tapis dans mon auto…

Ils me lancent ensuite immédiatement dans l’univers de l’alimentation, impossible d’y échapper. Les petites crevettes que j’ai mangées viennent peut-être d’un de ces chantiers de pêche asiatique où des gens ne travaillent plus de 20 heures par jours pour écailler ce que je ne veux pas faire moi-même.

Pour ce qui est de ma salle de bain, je m’en tire bien. Les tablettes de ma pharmacie sont encore vides. Je n’ai pas de gel à cheveux et le seul parfum que j’ai se limite à mon désodorisant. Je ne participe donc pas aux dizaines de millier d’enfants indiens qui extraient du mica des mines, le brillant que l’on retrouve dans plusieurs maquillages. Je ne porte pas de bijoux non plus mais ça, pas besoin de faire un dessin pour comprendre que c’est un milieu d’esclavage assez féroce. Suffit de voir le film Diamant de sang

Je ne peux pas m’en tirer aussi bien que ça, la prochaine étape me jette à terre : l’électronique. Le coltan est un supraconducteur efficace dans l’électronique, il est aussi exploité en République Démocratique du Congo par des esclaves et se trouve dans pratiquement tous nos gadgets. Je fais le décompte; un ordinateur, une caméra vidéo, une télé (de la grosseur d’un micro-onde et qui ne marche pas), un DVD (qui n’a pas de manette, c’est déjà ça de moins), un iPhone, un studio d’enregistrement, une radio, des écouteurs, un disque dure externe… ok je ne m’en sortirai pas ici…

Côté loisirs, je suis assez vert. J’aime tout ce qui peut exploiter la force humaine, le véritable exploit de l’accomplissement. Je dois par-contre penser à mes bottes de marche et mes raquettes, sûrement pas fait au Canada malgré le prix élevé. Je me console que je ne joue pas au soccer… Saviez-vous qu’en Chine, les fabricants de ces ballons travaillent jusqu’à 21 heures dans une journée? Même l’entraineur le plus exigent n’en demanderait pas autant à ses troupes.

Ma garde-robe, elle, on pourrait dire que je n’en ai pas vraiment. Tout mon linge vient d’endroits usagés, je n’ai qu’une paire de jeans et je ne peux pas durer 2 semaines sans lavage tellement je n’ai pas beaucoup de linge. Je sais, je sais, ma mère me dit la chose.

La question ici à se poser est; peut-on vraiment s’en tirer sans faire partie de l’exploitation humaine? Malheureusement non. Par contre, je peux voir les objets autour de moi de façon différente, d’un point de vue différent, voir plus loin que la simple table sur laquelle j’écris. Je me console en me disant qu’elle ne vient pas d’IKEA. Ici, en Amérique du Nord, il est bien facile de ne pas voir plus loin que le bout de son nez, confortablement assis dans notre causeuse, en regardant des émissions débordantes de superficialité dégradante sur notre télé plasma.

Je finis avec une moyenne de 21 esclaves qui travaillent à en perdre leur vie pour s’assurer que le petit roi que je suis ici soit bien au chaud, en sécurité et qu’il ne me manque de rien pour me divertir… L’ennuie c’est terrible. Mais pire que l’esclavage?

La prochaine question maintenant : Combien de temps peut-on réussir à se fermer les yeux sans ressentir une once de responsabilité? À vous de savoir…

P.S. Avez-vous déjà payé pour avoir du sexe? Si oui, votre score vient tout juste de doublé. Mais pour savoir pourquoi, allez donc faire un petit tour sur slaveryfootprint.org

Comments:

One Response to L’emprunte de l’esclavage par Simon Walls

  1. Maxime Vallières

    November 17, 2011 at 1:45 pm

    29 esclaves pour moi…ouch.